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AIMÉ CÉSAIRE

SA BIOGRAPHIE

Aimé CESAIRE est né le 26 juin 1913 au sein d’une famille nombreuse de Basse-Pointe, commune du Nord-Est de la Martinique, bordée par l’océan Atlantique dont la « lèche hystérique » viendra plus tard rythmer ses poèmes. Le père est un petit fonctionnaire. La mère est couturière.

Aimé CESAIRE, élève brillant du Lycée Schoelcher de Fort-de-France, poursuit ses études secondaires en tant que boursier du Gouvernement Français au Lycée Louis Le Grand, à Paris. C’est dans les couloirs de ce grand lycée Parisien que, dès son arrivée, le jeune CESAIRE rencontre Léopold Sédar SENGHOR, son aîné de quelques années qui le prend sous son aile protectrice.

Au contact des jeunes Africains étudiants à Paris, Aimé CESAIRE et son ami Guyanais Léon Gontran DAMAS, qu’il connaît depuis le Lycée Schoelcher, découvrent progressivement une part refoulée de l’identité martiniquaise, la composante africaine dont il prenne progressivement conscience au fur et à mesure qu’émerge une consciente forte de la situation coloniale. En septembre 1934, CESAIRE fonde avec d’autres étudiants Antillo-Guyanais et Africains (Léon Gontran DAMAS, les Sénégalais Léopold Sédar SENGHOR et Birago DIOP), le journal l’Etudiant noir. C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de « Négritude ». Ce concept, forgé par Aimé CESAIRE en réaction à l’oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d’une part le projet français d’assimilation culturelle et d’autre part la dévalorisation de l’Afrique et de sa culture, des références que le jeune auteur et ses camarades mettent à l’honneur. Construit contre le projet colonial français, le projet de la négritude est plus culturel que politique. Il s’agit, au-delà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un humanisme actif et concret, à destination de tous les opprimés de la planète. CESAIRE déclare en effet : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime ».
Admis à l’Ecole Normale Supérieure en 1935, CESAIRE commence en 1936 la rédaction de son chef d’œuvre, le « Cahier d’un Retour a u Pays Natal ». Marié en 1937 à une étudiante martiniquaise, Suzanne ROUSSI, Aimé CESAIRE, agrégé de lettres, rentre en Martinique en 1939, pour enseigner, tout comme son épouse, au Lycée Schoelcher

En réaction contre le statu quo culturel martiniquais, le couple CESAIRE, épaulé par René MENIL et Aristide MAUGEE, fonde en 1941 la revue Tropiques, dont le projet est la ré-appropriation par les Martiniquais de leur patrimoine culturel. La seconde guerre mondiale se traduit pour la Martinique par un blocus qui coupe l’approvisionnement de l’île par la France. En plus d’une situation économique très difficile, l’Envoyé du Gouvernement de Vichy, l’Amiral ROBERT, instaure un régime répressif, dont la censure vise directement la revue Tropiques. Celle-ci paraîtra, avec difficulté, jusqu’en 1943.

La guerre marque aussi le passage en Martinique d’André BRETON. Le maître du surréalisme découvre avec stupéfaction la poésie de CESAIRE et le rencontre en 1941. En 1944, BRETON rédigera la préface du recueil Les Armes Miraculeuses, qui marque le ralliement de CESAIRE au surréalisme.

Invité à Port-au-Prince par le docteur MABILLE, attaché culturel de l’Ambassade de France, Aimé CESAIRE passera six mois en Haïti, donnant une série de conférences dont le retentissement sur les milieux intellectuels haïtiens est formidable. Ce séjour haïtien aura une forte empreinte sur l’œuvre d’Aimé CESAIRE, qui écrira un essai historique sur Toussaint LOUVERTURE et consacrera une pièce de théâtre au roi Henri CCRISTOPHE, héros de l’indépendance.

Alors que son engagement littéraire et culturel constituent le centre de sa vie. Aimé CESAIRE est happé par la politique dès son retour en Martinique. Pressé par les élites communistes, à la recherche d’une figure incarnant le renouveau politique après les années sombres de l’Amiral ROBERT, CESAIRE est élu Maire de Fort-de-France, la capitale de la Martinique, en 1945, à 32 ans. L’année suivante, il est élu Député de la Martinique à l’Assemblée Nationale.

Le Député CESAIRE sera, en 1946, le rapporteur de la Loi faisant des colonies de Guadeloupe, Guyane Française, Martinique et la Réunion, des Départements Français. Ce changement de statut correspond à une demande forte du corps social, souhaitant accéder aux moyens d’une promotion sociale et économique. Conscient du rôle de la départementalisation comme réparation des dégâts de la colonisation. Aimé CESAIRE est tout aussi conscient du danger d’aliénation culturelle qui menace les Martiniquais. La préservation et le développement de la culture martiniquaise seront dès lors ses priorités.

Partageant sa vie entre Fort-de-France et Paris. CESAIRE fonde, dans la Capitale française, la revue Présence Africaine, aux côtés du Sénégalais Alioune DIOP, et des Guadeloupéens Paul NIGER et Guy TIROLIEN. Cette revue deviendra ensuite une maison d’édition qui publiera plus tard, entre autres, les travaux de l’égyptologue Cheikh Anta DIOP, et les romans et nouvelles de Joseph ZOBEL.

En 1950, c’est dans la revue Présence Africaine que sera publié pour la fois le Discours sur le colonialisme, charge virulente et analyse implacable de l’idéologie colonialiste européenne, que CESAIRE compare avec audace au nazisme auquel l’Europe vient d’échapper. Les grands penseurs et hommes politiques français sont convoqués dans ce texte par l’auteur qui met à nu les origines du racisme et du colonialisme européen.
Peu enclin au compromis, Aimé CESAIRE, révolté par la position du Parti Communiste Français face à l’invasion soviétique de la Hongrie en 1956, publie une « Lettre à Maurice THOREZ » pour expliquer les raisons de son départ du Parti. En mars 1958, il crée le Parti Progressiste Martiniquais (PPM), qui a pour ambition d’instaurer un « type de communisme martiniquais plus résolu et plus responsable dans la pensée et dans l’action ». Le mot d’ordre d’autonomie de la Martinique est situé au cœur du discours du PPM.

Parallèlement à une activité politique continue (il conservera son mandat de Député pendant 48 ans, et sera Maire de Fort-de-France pendant 56 ans), Aimé CESAIRE continue son œuvre littéraire et publie plusieurs recueils de poésie, toujours marqués au coin du surréalisme (Soleil Cou Coupé en 1948, Corps perdu en 1950, Ferrements en 1960). A partir de 1956, il s’oriente vers le théâtre. Avec Et les chiens se taisaient, texte fort, réputé impossible à mettre en scène, il explore les drames de la lutte de décolonisation autour du programme du Rebelle, esclave qui tue son maître puis tombe victime de la trahison. La tragédie du Roi Chistophe (1963), qui connaît un grand succès dans les capitales européennes, est l’occasion pour lui de revenir à l’expérience haïtienne, en mettant en scène les contradiction et les impasses auxquelles sont confrontés les pays décolonisés et leurs dirigeants. Une saison au Congo (1966) met en scène la tragédie de Patrice LUMUMBA, père de l’indépendance du Congo Belge. Une tempête (1969), inspiré de Shakespeare, explose les catégories de l’identité raciale et les schémas de l’aliénation coloniale. Pensant à l’origine situer l’action de cette adaptation de Shakespeare aux Etats-Unis, il choisit finalement les Antilles, gardant tout de même le projet de refléter l’expérience noire aux Amériques.

Au total CESAIRE a publié plus de quatorze œuvres, recueils des poésies, pièces de théâtre et essais. De nombreux colloques et conférences internationales ont été organisés sur son œuvre littéraire qui est universellement connue.
Son œuvre a été traduite dans de nombreuses langues : anglais espagnol, allemand, etc.



PARTENAIRES

Parti Progressiste Martiniquais


Antilles télévision - www.atvweb.fr


Ville de Fort de France


Andurance Webservices


Centre Césairien D’études et de Recherche


LE BLOG

ORAISON POUR AIME CESAIRE

Le plus grand des silences s’est ouvert parmi nous.
Le plus insoutenable aussi.

La plus grande des forces s’est aujourd’hui brisée. Une forêt entière semble portée à la dérive par la chute d’un seul et immense fromager.

J’entends. J’entends « le grand air silencieux de la déchirure » qui remonte les criques, les cryptes, les flancs de la Pelée, les mornes et les conques de lambis, et qui s’attarde dans la rumination des vieilles mangroves avant de s’en aller vers les consciences du monde.

Aimé Césaire nous a quittés.

Au seuil de cette parole, je mesure ce qu’il y a de dérisoire à vouloir exprimer l’insondable de cette soudaine absence. Je soupèse ce qu’il y a d’impossible pour seulement évoquer la démesure de notre tristesse et de notre désarroi. Et je suis submergé par l’inutilité de tout ce qui pourrait être dit, quand celui qui s’en va relève d’une telle magnificence, d’un degré si soutenu de lutte et d’exigence. Dans l’histoire d’un pays, il y a des manifestations importantes, qui marquent son histoire, qui marquent sa mémoire et qui s’inscrivent dans la conscience collective. Le départ de ce grand Homme, Aimé CESAIRE, est une perte considérable pour cette terre, pour ce peuple et pour le monde. Quand je parle du monde, je pense singulièrement à l’Afrique et plus largement au peuple noir d’Amérique, de la Caraîbe ou d’ailleurs pour lequel Aimé CESAIRE a livré une bataille digne, noble et déterminante.

Je voudrais profiter pour remercier, au travers des manifestations de reconnaissance, l’action médiatique mais surtout pédagogique de l’ensemble de la presse locale et de la presse, d’une manière générale. Je me permets de parler de pédagogie médiatique, car en permanence, nous avons l’obligation de nous révéler à nous-mêmes, de prendre la mesure et l’importance de nos grands Hommes, de nos Héros. Et c’est dans ce sens qu’il faut comprendre tous ceux qui militent pour que l’œuvre d’Aimé Césaire soit pleinement inscrite aux programmes d’enseignement : connaître notre histoire, connaître nos cultures, nos héros… est pour nous, une exigence pour mieux consolider notre personnalité collective et lutter contre toutes les formes d’aliénation.

La seule consolation, c’est que cet abîme (qui se creuse à la mesure de ce que nous avons perdu) installe au même moment, dans notre esprit et dans nos cœurs, un horizon très vaste, comme une richesse ancienne mais qui soudain prendrait son éclat le plus pur, sa signification la plus intense, et, pour nous tous en Martinique, comme pour bien des peuples du monde, son injonction la plus impérieuse.

Césaire.

Aimé.

Toi dont le prénom fut comme une prophétie et le miroir d’une existence.

Toi qui fus la matière de tout ce qu’il faudrait de matière pour réussir la plus admirable simplicité. Toi qui fus la substance même de l’attention la plus généreuse aux autres, du don de soi, du don d’une vie entière, pour refuser (sans concession et sans rien perdre de la plus haute noblesse) tous les attentats et tous les crimes contre l’humain.

Toi qui précipitas l’Afrique - l’Afrique pillée, offensée, massacrée ⎯ contre les mauvaises consciences du monde occidental, contre les dominations, contre l’oubli et les paternalismes, et qui fis du mot « nègre » ⎯ comme de toute la race noire ⎯ l’étendard de ce qu’il y avait de plus large, de
plus digne, de plus humain, mais aussi de plus intraitable dans le refus que les peuples du monde dressèrent, ensemble, contre la peste coloniale.

Toi qui fus le compagnon des luttes du 20ème siècle. Toi, grâce auquel il n’existe pas une âme, pas un courage, pas un sacrifice, qui ne fut escorté par la voix du poète ; pas une ferveur qui n’ait été portée, transportée, emportée, par la magie miraculeuse du verbe poétique de la grande Négritude ; pas une détresse qui ne se soit ressourcée dans quelques vers du Cahier d’un retour au pays natal ou dans les grondements salubres du Discours contre le colonialisme.

Toi, c’est-à-dire tout ce qui, dans ce siècle terrible s’est avancé vers la liberté, vers un plus de conscience, de dignité humaine ou de civilisation, s’est accordé à ta présence, s’est accordé à toi.

Aimé, toi qui, malgré l’ampleur de ta présence au monde, consacras l’essentiel de tes forces aux plaies de ton pays ⎯ ce pays minuscule qui pourtant te parut toujours inépuisable dessous les frappes de la domination et du colonialisme.

Toi qui, dans les pires instants, fus pour nous la seule parole de dignité, mais aussi le seul mot d’ordre du travail et de l’Autonomie, rappelant incessamment à tes militants : la chance de la Martinique, c’est le travail des martiniquais.
Toi, le seul cri de l’injonction contre les renoncements, et qui sans rien perdre des souffles de la terre, tenant ton rang parmi les fils aînés du monde, t’inscrivis si profond dans ces cases, ces quartiers, ces travaux quotidiens auprès des indigences, au chevet des milliers de petites gens tombées des plantations et des enfers de la canne et du sucre, et que tu accompagnas durant 56 années de ta vie pour leur trouver de l’eau, un lopin de terre, un mur, un toit, un plancher, un lit, un emploi, une école, en les aidant du coup, à survivre et en leur offrant les moyens de leur liberté et de leur émancipation.

Toi qui fus l’idée de liberté, dans ce qu’elle comporte d’utopie fondatrice et même refondatrice, mais qui sus l’augmenter du réalisme qui permet de faire un pas, de le tenir gagné, et de lui ajouter un autre pas… Un effort quotidien durant lequel, pourtant, tu trouvas le temps de la solitude extasiée, le temps de ces promenades, à Basse Pointe, à Tartane, au Diamant, à la Caravelle, à la montagne - je veux parler de la Pelée - et durant lesquelles tu contemplais non pas les paysages mais des présences amies : des arbres sculptés par le travail du vent ; les manguiers d’avril ; le carême qui pourchasse par les mornes l’étrange troupeau des rousseurs splendides ; les déchirures en dorade des feuilles de bananier ; le sang des flamboyants ; le téton flasque des Pitons ; le triple cœur pantelant des balisiers (tu en as fait l’emblème de ton parti) l’infime merveille du colibri dont tu t’étonnais toujours qu’un corps si frêle puisse supporter sans éclater le pas de charge d’un cœur qui bat…

J’entends encore ta voix qui disait que l’hibiscus n’est pas autre chose qu’un œil éclaté d’où pend le fil d’un long regard…

Alors, cher Aimé, pour toi, tellement hors d’atteinte et tout autant si proche de chacun de nous, pour toi qui craignais par-dessus tout, le déshonneur de trop d’honneurs, il ne saurait y avoir meilleur lit que ce long gémissement soulevant notre fierté.

Ma fierté,
La fierté de tout un peuple.

La fierté de ces mains calleuses qui n’ont fait que donner, de ces paupières lourdes d’avoir trop longtemps regardé les fatalités. La fierté de ces inlassables travailleurs, de ces agriculteurs du terroir, de ces ouvriers militants, de ces militants de la culture, de ces hommes de la terre et de ces Hommes de la mer, renforcés dans l’esprit et dans le cœur par ta détermination, ceux que tu as aiguisés contre la dépendance, ceux que tu as armés contre l’aliénation, ceux à qui tu as appris à être conscients de leur être, de leur histoire, pour mieux lutter contre toutes les formes de résignation, t’expriment depuis deux jours leur profonde et éternelle reconnaissance.

C’est l’hommage d’un peuple, le peuple martiniquais, à un homme bon, généreux, intègre, incorruptible.

C’est l’hommage d’un peuple, le peuple martiniquais, à un homme : le père de la nation martiniquaise.

Comment expliquer cette ferveur du peuple envers toi, envers ton action, envers ton message.

Certains diront qu’il s’agit de ta très grande proximité avec ce peuple, de ta lutte permanente contre toutes les formes d’exclusion, d’oppression, d’injustice, de racisme, de ton grand esprit de tolérance et de ton humanisme universel reconnu.

D’autres mettront en avant ton trait de caractère, celui des grands poètes prométhéens comme Victor Hugo, ce caractère commun d’invariance, ce sentiment premier qui est une constante, quelque chose de fondamental et d’inaltérable qui fait de toi, un homme de parole, respectueux du peuple, de ce peuple dépositaire de toutes les valeurs, garant de l’avenir et ultime recours démocratique.

Certains pourraient même s’avancer à réduire cette reconnaissance du peuple à la satisfaction de besoins immédiats, de besoins matériels.

Non, cher Aimé. Avant tout le monde, de manière prophétique, tu as éveillé les consciences, tu as tracé les routes, ouvert des chemins et des voies pour une nouvelle conception de la liberté et du progrès. Tu nous as donné la force de regarder demain. Tu nous as sommé de trouver la force d’inventer notre route et la débarrasser des formes toutes faites, des formes pétrifiées qui l’obstruent.
Voilà l’explication essentielle et fondamentale c’est la reconnaissance par le peuple de ta clairvoyance et le caractère prophétique de tes choix.

Ton message est de manière indiscutable, d’actualité.

Il est contemporain des problématiques sociales, économiques et culturelles que nous rencontrons et nous incite, au-delà de nos frontières à construire le progrès sans renfermement sur soi, dans la dignité et dans la responsabilité pleinement assumées… dans une France, une France mieux ouverte à la différence, mieux ouverte aux identités, autrement ouverte au multiculturalisme, et plus ouverte aux libertés locales, mais aussi au sein d’une Caraïbe, dans laquelle nous devons mieux exprimer notre appartenance.

La fierté de toutes ces âmes qui ont tenu à te remercier, ceux du peuple, jeunes et moins jeunes mais aussi, les militants de la première heure, ceux qui ont résisté avec toi, auprès de toi, pour toi, tout ce pays, cette Terre, ta terre, à qui tu as tout donné, et qui t’offre aujourd’hui sa fière douleur comme un hommage à la fois simple et solaire, une célébration totale mais très pure.

J’entends encore ton inquiétude, ton œil terrible, et ton souci qui regardait passer le troupeau des vieilles peines, tandis que tu te penchais souvent vers moi, pour demander :
« Alors maintenant ? que vas-tu faire ? Qu’allez vous faire ? »
Je te disais alors, très simplement, et très confiant :
Nous allons continuer.
Continuer avec ce que tu nous as donné.

C’est pourquoi ton silence, maintenant irrémédiable, n’ouvre pas à l’absence, n’ouvre pas à l’abandon, n’ouvre pas au désespoir. Ton silence doit nous inviter au recueillement, à la construction d’une nouvelle espérance, à un recommencement, à prendre un nouveau départ. Nous nous armerons de tout ce que tu nous a laissé : ta doctrine, ta philosophie, ta parole, certes, mais aussi et (je te cite) :

« Avec des bouts de ficelle,
Avec des rognures de bois,
Avec de tout de tous les morceaux bas,
Avec les coups bas,
Avec des feuilles mortes ramassées à la pelle », nous te promettons de poursuivre le combat et de l’assumer collectivement en ton nom.

Nous réaffirmons cette revendication fondamentale : la reconnaissance de notre identité de martiniquais, l’affirmation de notre droit à l’initiative historique et à la responsabilité, fondements de notre doctrine qui s’inscrivent par ailleurs, dans notre droit naturel à l’autodétermination.

Comment ne pas être sensible à ce message ! Toi qui as sacrifié toute ta vie à la cause martiniquaise et à celle des peuples opprimés.

Oui, tu nous as incité à « ne pas désespérer des lucioles », à ne pas craindre « la communication par hoquets d’essentiel », tu nous as rappelé que « le décompte des décombres n’est jamais terminé » tu te promènes maintenant parmi nous, comme durant toute ta vie, tenant les mains, portant les cœurs, asséchant les paupières, nous forçant à regarder le ciel, à nous soutenir les reins, à trouver le courage de tenir, le souci de veiller au plus large, l’exigence de dégager des routes, des pistes, de trouver le moyen d’avancer sans renoncer à rien, et sans rien perdre de la nécessité de se mettre tous ensemble, tous ensemble au travail jusqu’à l’autonomie la plus large, jusqu’à notre pleine autorité.

Alors, maître marronneur des clartés, père de conscience, cavalier du temps et de l’écume, éveilleur d’âme, éveilleur de conscience, grand magicien du verbe, compagnon de toutes les libertés, ami de toutes les vies et de toutes les beautés, père de notre nation, je sais que tu peux regarder la mort mais que la mort ne te voit pas.

Je sais que tu peux la nommer et même la traverser, mais que la mort ignore où seulement t’effleurer.

Car la flamme de ton combat était nourrie au feu de la poésie. Car la fougue de ton engagement était alimentée par la seule passion des plus démunis et des plus offensés. Car le monde que tu tenais dans le creux de ta main, main ouverte et main verte, s’ouvrait en toi, par les ravines, les falaises, les manguiers, les mangroves, les quartiers, et toutes les cases de notre pays.

Césaire, aimé, je te vois maintenant dans le palais de tes propres mots. Dans les paysages somptueux de ton verbe. Tu as rejoins ces fastes et ces éclats qui firent ta poésie. Tu as rejoins pleinement cette solitude sans partage mais tellement solidaire, et tellement attentive, et si féconde, auprès de la beauté.

Ce n’est plus toi qui vis en nous.
Ce n’est plus toi qui vis pour nous.
C’est nous qui poursuivons en toi.

La Martinique n’est donc pas une veuve brisée.
Elle n’est pas non plus une orpheline désespérée.
Tu en as fait à tout jamais une force de vie : une toute jeune personne !

Cette nation est maintenant une force qui respire à travers toi la plus haute sommation : celle de vivre au même étiage que le plus simple de tes mots, à la hauteur exacte du moindre de tes chants, la même ampleur du moindre élan de ta pensée ; avec la même volonté, le même courage, la même obstination qui sublimaient ton combat et chaque geste de ta vie.

J’entends encore tes mots :
« …le vent novice de la mémoire des méandres
s’offense
à vif que par mon souffle
de mon souffle il suffise
pour à tous signifier
présent et à venir
qu’un homme était là
et qu’il a crié
en flambeau au cœur des nuits
en oriflamme au cœur du jour
en étendard
en simple main tendue
une blessure inoubliable .

Un siècle informe l’autre.
Un siècle soutient l’autre.

Le 21ème siècle ne sera rien sans le niveau de conscience surgi de ce 20ème siècle que tu as marqué de ton verbe et de ta pensée. Mais ce n’est pas la Martinique du 20ème siècle, ni le monde du 20ème siècle, et surtout pas la seule poésie du 20ème siècle qui porte ton assise, mais toute la conscience des peuples, des cultures, des civilisations, toute la poésie du monde à travers les âges et à travers le temps.

Tu es de tous les siècles, c’est à dire de toutes les dignités, de toutes les fraternités, de toutes les libertés.

Tu es de toutes les ferveurs pour l’humanisation de l’homme.
Tu es de toutes les poésies.

Et, en cette triste époque où des peuples entiers, affamés par le libéralisme, sont acculés aux émeutes désespérées pour obtenir du riz, du mil, du soja ou du blé, où l’Afrique et tous les nègres du monde souffrent et gémissent encore, nous avons plus que jamais besoin de toi, plus que jamais besoin de ce que la Négritude comporte d’indépassable et même d’indispensable.

Le monde a plus que jamais besoin de toi, et plus que jamais ton verbe et ta pensée seront nos armes miraculeuses !

Aimé Césaire, comme tu le disais toi-même à propos de Delgrès, à mon tour « je te clame, et à tout vent futur, toi buccinateur d’une lointaine vendange »…

Merci, Aimé CESAIRE.

Serge LETCHIMY
19 avril 2008



Retransmission online de la cérémonie d’hommage

La cérémonie d’hommage qui aura lieu au stade Pierre ALIKER à Dillon, sera retransmise en direct sur le site le Dimanche 20 avril 2008.



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Directeur de publication :
Anicet SOCQUET
Ville de Fort-de-France
Avec l’aimable autorisation du Centre Césairien D’études et de Recherche et du site http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/cesaire.html pour la biographie de Mr Césaire.

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Crédits Photos :
Parti Progressiste Martiniquais (PPM) -
Ville de Fort-de-France

Crédits Vidéos :
Antilles Télévision - ATV

Crédits Audios :
Paroles originales Eugène Mona - Bwa Brilé !
Extrait de Léritaj Mona :
Olivier JEAN-ALPHONSE, Max TELEPHE, Pipo GERTRUDE, Cindy FAUSTIN, Dominique LORTE, Claudine PENNONT, Adeline CROUARD, Harry SAINT-AIME, MARCE.
Arrangements : Renaud RINTO

Découvrir le blog de Léritaj’ Mona

Optimisation de l’extrait sonore pour le site Hommage à Aimé Césaire : Carambole Studio

La Mairie de Fort-de-France remercie toutes les personnes qui ont contribué à réaliser ce site, dans les meilleures conditions.



Fondation Aimé Césaire

UNE FONDATION AIME CESAIRE RECONNUE D’UTILITE PUBLIQUE

QU’EST CE QU’UNE FONDATION D’UTILITE PUBLIQUE / WHAT IS A PUBLIC FOUNDATION ?(voir)

- Généralités

Les fondations sont une forme particulière d’associations, qui disposent de par leur statuts, et leurs modalités de création, d’une large autonomie morale et financière, ainsi que d’une véritable stabilité pour conduire des travaux d’intérêt général.

- Procédure administrative

- Définition objet et organisation
- Mobilisation dotation initiale
- Dossier de demande de reconnaissance d’utilité publique
- Publication au journal officiel
- Création de la fondation

- Dotation initiale

Les fondations reconnues d’utilité publique doivent disposer d’une dotation initiale de nature à permettre leur création, puis à assurer leur pérennité et leur autonomie. La dotation initiale d’une fondation d’utilité publique ne peut être inférieure à 1million d’euros.

La constitution de cette dotation est soumise à plusieurs critères :
- Elle doit réglementairement être composée en majorité de valeurs privées
- Elle peut bénéficier de dons en nature (cessions biens mobiliers & immobiliers, baux emphythéotiques…)

- Statuts et instances

Un statut spécifique aux fondations a été rédigé par le Conseil d’Etat, et peut être adapté à chaque projet.

Les fondations d’utilité publiques sont dirigées par un conseil d’administration, composé au maximum de 12 personnes, réparties au sein de plusieurs collèges (ex : collège des fondateurs, collège des personnalités qualifiées, collège des institutionnels, collège des "amis" de la fondation...).

Elles s’appuient également sur un "conseil scientifique", composé d’experts de la matière concernée.

POURQUOI UNE FONDATION AIME CESAIRE / WHY DO WE NEED THE AIME CESAIRE FOUNDATION ?(voir)

L’action de la Fondation Aimé Césaire devrait principalement s’orienter autour des éléments suivants :

- Regrouper, préserver et valoriser tous les éléments constitutifs de l’œuvre poétique et publique d’Aimé Césaire, et notamment :
• son œuvre littéraire et poétique, et le message humaniste et universel qui en émane
• son action politique et publique qui revêt de nombreuses formes

- Entreprendre ou faciliter les recherches autour de cette œuvre

- Transmettre la mémoire et la pensée d’Aimé Césaire aux générations futures.

De nombreux projets seront portés ou accompagnés par la Fondation Aimé Césaire. A titre d’exemples : l’acquisition et la préservation de ses oeuvres littéraires, discours...la transformation de son bureau en espace muséal, la création d’un musée de la négritude, la pérénisation d’un centre d’études et de recherche international...

QUELLE SONT LES ETAPES DE CREATION DE CETTE FONDATION / THE STAGES OF THIS PROCEDURE ?(voir)


- Avril à Juin 2009 : Définition objet et organisation
- Juillet 2009 à mars 2010 : Mobilisation de la dotation initiale
- Avril 2010 à Janvier 2011 : Demande de reconnaissance d’utilité publique
- Janvier 2011 : Création de la fondation

L’APPEL A UNE PARTICIPATION CITOYENNE / CALLING THe CITIZEN’S PARTICIPATION(voir)

La dotation initiale d’au moins un million d’euros sera composée de fonds et de dons de donateurs publics et privés en Martinique et à travers le monde : Gouvernements, collectivités locales, associations et entreprises seront sollicités à cet effet durant les mois à venir.

Au-delà de ces "grands" donateurs, les membres de l’institut Césaire ont souhaité que le grand public, que chaque citoyen qui le souhaite, puisse, à la hauteur de ses moyens, contribuer financièrement à cette dotation, et ainsi s’approprier cette future fondation, qui doit devenir "propriété du peuple", comme l’aurait sans aucun doute souhaité Aimé Césaire.

Un compte en banque dédié est ouvert aux dons individuels, qui peuvent être faits dès aujourd’hui, et sans limitation de durée,
- Par chèque à l’ordre de
Fondation Aimé Césaire
82, rue Lazare Carnot
97200 Fort-de-France
- par virement bancaire (lien vers le RIB)
- par paiement en ligne (bientôt disponible)

- cliquez ici pour plus d’informations (lien vers page devenez donateur)



Devenez Donateur

Un seul article

Une Fondation Césaire qui appartient à chacun (voir)

La dotation initiale d’au moins un million d’euros sera composée de fonds et de dons de donateurs publics et privés en Martinique et à travers le monde : Gouvernements, collectivités locales, associations et entreprises seront sollicités à cet effet durant les mois à venir.

Au-delà de ces "grands" donateurs, les membres de l’institut Césaire ont souhaité que le grand public, que chaque citoyen qui le souhaite, puisse contribuer financièrement à cette dotation, et ainsi s’approprier cette future fondation, qui doit devenir "propriété du peuple", comme l’aurait sans aucun doute souhaité Aimé Césaire.
De quelques euros à des sommes plus importantes, tous les dons sont majeurs et symbolisent l’attachement des citoyens à l’homme Césaire et à son oeuvre. N’hésitez pas à participer à votre tour.

Différentes modalités de donation(voir)


- par chèque voie postale à l’adresse suivante : Institut Aimé Césaire 82, rue Lazare Carnot 97200 Fort-de-France Important : votre chèque doit être à l’ordre de Fondation Aimé Césaire
- par virement bancaire (lien RIB à télécharger)
- par paiement en ligne (bientôt disponible)
- Modalité reçu fiscal